Curieusement, alors que la campagne aura été complètement inaudible et inintéressante, il y a plein de choses à dire sur les résultats.
Le PS a pris une grosse claque : on pouvait s’y attendre. Il est toujours fidèle à lui-même depuis le départ de Lionel Jospin, à savoir sans leader charismatique et donc sans représentation claire. L’unique sortie intéressante du PS ces derniers mois concerne sa farouche opposition à la loi Hadopi. Mais ce faisant, il s’est mis à dos une partie du monde du spectacle, un terrain pourtant acquis à sa cause depuis longtemps.
Le Modem a également subi une défaite cuisante. Bayrou espérait talonner le PS, mais ses listes arrivent en 4e position, loin, très loin derrière le 3e, Europe Ecologie. Comment expliquer ce revers ? Les espérances du Modem étaient pourtant légitimes : Bayrou était le 3e homme des élections présidentielles, et les premiers sondages des européennes confirmaient cette position.
Je vois 3 points ayant pu servir la cause de la liste verte :
- Pour commencer, Europe Ecologie était la seule liste réellement européenne (et d’ailleurs, la seule à en porter le nom) : Daniel Cohn-Bendit est allemand, Eva Joly est franco-norvégienne. Qui pouvait en dire autant sur les autres listes ?
- Ensuite, le clash Bayrou / Cohn-Bendit a clairement favorisé ce dernier : les médias, trop heureux de trouver enfin un événement intéressant durant la campagne, l’ont catapulté victime innocente d’un Bayrou perdant son sang froid en plein débat public.
- Pour finir, Home, véritable événement de la prise de conscience écologique, est sorti pile poil 2 jours avant le scrutin, monopolisant les écrans (visible simultanément au cinéma, à la télévision et sur internet). Hasard du calendrier ? Peut-être, mais le fait est là (et yann Arthus-Bertrand s’en est réjouit) : le film a eu un impact sur les consciences, impact immanquablement décisif sur des citoyens bien peu enthousiasmés par l’enjeu électoral.
Lequel de ces 3 points a le plus influé sur les résultats ? Mon intuition me chuchote : l’événement Home. Quant au clash, il a probablement aidé certains indécis à franchir le pas. Les Verts sont-ils devenus pour autant la 3e force politique en France ? Rien n’est gagné, car ils ne pourront pas surfer éternellement sur ces deux événements. Et pour s’affirmer, il leur faudra quitter une certaine image de supplétif thématique au Parti Socialiste. J’évoquerais très probablement ce dernier point dans un prochain billet…









11 commentaires pour : « Europe Ecologie : 3 raisons du succès »
Non Europe Ecologie était à 15.5 % avant la diffusion de Home
Tu roule pour le Modem ? Ou pour le Front national ?
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Farouche opposition du PS à l’Hadopi, tu plaisantes ? Rappelle-toi des sénateurs PS qui ont voté pour comme un seul homme. Ils ne se sont opposés qu’à la toute fin des débats ! Et encore ! Très, très mollement !
Pour « l’européanité » des listes, je ne vois pas trop l’intérêt, puisque les autres pays envoient également des députés. Au contraire, il y a là quelque chose de contraire au principe de base. Mais je préfère des étrangers malins que des Français incompétents, donc, la question ne se pose pas. ^^
Enfin, Bayrou a perdu non pas sur ces derniers jours (le clash, Home, etc.) mais à cause de la stratégie creuse qu’il a adopté depuis deux ans. Les derniers incidents n’ont été que la cerise sur le gâteau.
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Aucun des résultats n’est surprenant je trouve (certes il est facile de le constater après coup).
- L’UMP : hégémonique à droite.
- Le PS : désorganisé, divisé, qui est ou paraît toujours englué dans des guerres intestines, à mille lieues des préoccupations des Français, et qui le rend aujourd’hui presque impopulaire. Il bénéficie toutefois d’un beau passé. On ne déboulonne pas facilement ce qui a été une grande formation pendant plusieurs décennies. Sans ce passé, avec le fond et la forme actuelle, il se serait problement écroulé.
- Europe écologie : profite à la fois des déçus du PS, de ceux qui croient dur comme fer à l’Europe, de ceux qui ont vu naître leur conscience écolo et de ceux qui ne souhaitent pas voter extrême gauche. Il profite également du fait que les élections européennes sont des élections relativement récentes, qu’elles ne sont pas encore entrées dans les moeurs et qu’elles n’intéressent pas grand monde comme l’indique le taux d’abstention (cqfd). Ainsi chaque mouvance a sa chance. Ils ont réussi à former une coalition verte, ont des valeurs et une identité propres et ont fait une véritable campagne européenne.
- Modem : paraît trop faible à l’échelle européenne. Si un homme quasi esseulé peut remuer des montagnes lors d’une élection de personne, le rapport de force est différent lorsqu’il s’agit de mettre en avant tout un mouvement politique.
Quant au film de Yann Arthus-Bertrand, mouaif…
Il a sans nul doute orienté quelques électeurs indécis comme les guignols en leur temps avaient rendu « Chichi » plus « sympatoche ». Mais quel est le véritable impact en terme de masse électorale ?
Perso je ne pense pas que ça explique les 16% d’Europe écologie. A tout casser peut-être 1%, et encore…
Bref, mon intuition me dit que la tienne est pas bonne. :p
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Ah, j’ai oublié de le préciser, mais ceux qui lisent mon blog depuis avant les présidentielles le savent : je suis centriste, et les idées de Bayrou m’intéressent depuis que j’ai une conscience politique. Ce qui ne m’empêche pas d’être critique vis à vis de sa dernière stratégie de campagne…
Je ne prétends pas être journaliste, ni encore moins commentateur politique professionnel. Je ne fais que donner mes impressions à chaud, je peux me tromper. Evidemment, les raisons invoquées dans cet article ne peuvent justifier l’intégralité des 16% d’Europe Ecologie, mais je pense qu’ils ont participé à faire la différence (je n’ai probablement pas été assez clair là dessus, désolé).
Sinon, Biodam, d’après ce que j’ai lu par ci par là (je n’ai pas vérifié personnellement), très peu de pays en Europe possèdent une mouvance verte. Le groupe auquel appartient le modem (les démocrates et libéraux) a et aura plus de sièges que le groupe Vert, et ce malgré le succès de ces derniers en France. le Modem n’est donc pas isolé au plan Européen, mais il aurait probablement du mieux l’expliquer en changeant le nom de sa liste, pour lui donner une consonnance plus européenne.
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@Delphine Dumont : Alors disons, « opposition retentissante »
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Aller Julien !
Te laisse pas faire ! Je suis avec toi !
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Il n’y a pas de polémique à débattre quant à la sortie du film Home, puisque d’après ce que j’ai lu, la sortie de ce film était prévu depuis plus de deux ans, soit avant que la date des élections soit fixée.
Et encore d’après ce que j’ai lu, Europe Ecologie n’était pas à 15% lors des derniers sondages, mais plus aux alentours de 13%, tendant à démontrer que le film a pu avoir un impact plus important que un petit %.
Et quant à l’avenir de l’écologie en France, extrait article du monde.fr « Gérard Courtois : Les Verts ont pris hier un avantage psychologique et idéologique. Mais ils ne sont pas encore en position de force politique.
Leur enracinement dans le paysage politique français reste aléatoire. Rappelons-nous qu’ils avaient quasiment disparu de ce paysage en 2007, où Voynet plus Bové n’avaient réuni que 3 % des suffrages. »
+
« Gérard Courtois : Le succès des écologistes me semble un succès positif. Daniel Cohn-Bendit a su, d’une part, fédérer tous les courants écologistes en France. Il a su tenir un vrai discours européen et il se trouve aujourd’hui en phase avec une vraie prise de conscience des enjeux écologiques pour l’avenir de la planète. »
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@Tapamilastiko : Oui j’ai vu ça, la sortie du film était programmée bien à l’avance. La polémique est surtout sur le fait qu’il ait ou non influencé les électeurs. Je persiste à penser que oui, dans une certaine mesure.
Pour le reste, je suis d’accord avec Gérard Courtois. En rappelant tout de même un détail : Daniel Cohn-Bendit étant allemand, le parti vert national n’a pas LE leader qui pourrait le propulser durablement sur le devant de la scène.
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Je n’ai fait qu’un bilan national.
J’ai bien parlé du modem et non des centristes.
Quant aux sondages, on ne peut jamais s’y fier de toute façon.
Si vous voulez avoir un aperçu à l’échelle européenne :
http://www.touteleurope.fr/fr/organisation/institutions/parlement-europeen-et-deputes/presentation/repartition-des-deputes-par-groupes-politiques-2009-2014.html
Les centristes qui ont plus de sièges que les verts ont toutefois perdu une plus grande part que ces derniers mais de toute façon c’est le PSE le plus grand perdant.
Et :
http://www.touteleurope.fr/fr/organisation/institutions/parlement-europeen-et-deputes/presentation/repartition-des-deputes-par-pays-a-partir-de-2009.html
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Pour la répartition des députés par pays, il faut ajouter +1 pour l’allemagne, comme l’a fort justement fait remarquer Delphine
Rah les fourbes, tout cela pour passer la barre psychologique des 100 députés !
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Le ralliement d’Eva Joly au parti Europe Écologie a aussi été une des raisons de son succès en France.
Les français sont fatigués des trafics d’armes, des détournements d’argent, des pots de vins des responsables politiques, du maire du coin jusqu’au ministre. Ils sont fatigués des non-lieux, des délais de prescription, des vices de procédures qui ont lieu systématiquement pour ces personnes. Ils sont fatigués d’être licenciés puis condamnés parce qu’ils osent protester, d’être arrếtés parce qu’ils deviennent SDF et errent en ville ou parce qu’ils ont osé aidé des personnes qui fuient leur pays et cherchent du travail en France. Ils sont fatigués de voir les tribunaux confirmer la liquidation de leurs petites entreprises que les banques laminent en les sur-endettant alors qu’ils ont mis 10 ans à créer 5 emploi. Ils sont fatigués de l’alternance gauche-droite qui ne veut plus rien dire, des discours creux sans aucune réflexion, des luttes de pouvoir de leurs représentants politiques.
J’ai été heureux du score d’Europe Écologie parce que ce parti défend des valeurs écologiques que j’aiment et parce que c’est la première fois qu’un parti exprime ouvertement vouloir s’attaquer à la corruption.
S’il gagne encore du terrain, il y a un espoir. Sinon, ce seront les partis extrêmistes qui prendront progressivement le pouvoir, comme l’extrême-droite en Italie en ce moment. C’est inévitable, lorsqu’il n’y a plus de politique, ce sont les partis populistes qui occupent le terrain. Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais d’autre schéma.
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