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Internet pervertit le journalisme

Lundi dernier, 20minutes.fr publiait un article sur le dessin « au GPS » d’Erik Nordenankar. Grâce à une valise contenant un émetteur GPS, ce dernier, nous disait 20 minutes, a tracé un autoportrait s’étendant sur 26 pays. Pour réaliser cet exploit, le suédois a eu recours à l’aide de la compagnie postale allemande DHL. Le dessin, que vous pouvez voir ci-dessous, est assez surprenant. On dirait un tracé à la main sur une mappemonde non ? Justement, sentant venir les sceptiques, le journaliste nous explique la présence de preuves en ligne, notamment une vidéo trouvée sur le site du suédois. Mieux, il est possible de consulter, toujours sur le site de l’individu, le listing DHL des destinations empruntées par la valise.

portrait-GPS.jpg

Oui mais. Deux jours plus tard, 20 minutes reparle de l’autoportrait au GPS. La société DHL, via un article du Telegraph, révèle avoir effectivement accepté de participer au projet de Nordenankar… mais n’être pas allée plus loin. Faute de bugdet suffisant, le suédois n’avait pu concrétiser son idée.

Nous voici donc avec un 20 minutes dans l’embarras, désolé d’avoir accordé du crédit à ce projet. Désolé, surtout, de n’avoir pas fait son travail de journalisme. C’est-à-dire vérifier et surtout recouper les informations. Pourquoi accorder un tel crédit à un obscur site d’étudiant en art ? Toutes les soit-disantes preuves avancées par le journaliste ont été récupérées sur ce seul site. Il semblerait qu’il ne soit pas venu à l’idée de ce professionnel de l’information de téléphoner à la société DHL pour vérifier les propos de l’artiste.

Pourquoi un tel travail bâclé ? J’aurais tendance à suspecter Internet. Le gros problème de l’information sur Internet, c’est sa crédibilité. On le sait, chacun peut publier tout et n’importe quoi. Et c’est bien comme ça, car cela aiguise l’esprit critique des gens. Et puis, pour nous autres, simples citoyens, il est facile d’avoir une information fiable : il suffit d’aller sur les sites de journaux en ligne, tels que Le Monde, l’Express, Libération, ou le Figaro. Ou 20 Minutes…[1] Mais pour des journalistes, Internet ne saurait constituer une source d’informations. C’est un outil extrêmement pratique pour récupérer l’équivalent de dossiers de presse ou comme base pour des sujets d’enquête. Mais toute information plus importante que le nom du dirigeant de Roberto Institute[2] doit être recoupée, nom d’un schtroumpf farci (oui, je m’emporte).

Ceci est évidemment à mettre en parallèle avec mon billet sur Danone et le racisme supposé, où un chroniqueur d’Arrêt sur Images se permettait un procès en racisme contre la marque en se basant sur des constatations personnelles absolument pas vérifiées. Heureusement, les chroniqueurs peuvent tout se permettre, eux, ils ne sont pas journalistes[3]

Notes

[1] quoique l’intérêt d’un tel journal en ligne est plus que discutable. La plupart du temps, il ne fait que relayer des dépêches AFP. Et quand il décide de se fendre d’un article de son propre cru, cela donne des choses comme cette information bancale sur le dessin au GPS… Bref, le seul intérêt du 20 Minutes, c’est qu’on le trouve gratuitement dans les gares. En ligne, cette caractéristique n’en est plus une : c’est la règle. Et là, 20 Minutes ne fait plus le poids.

[2] Cherchez pas, ceci est un nom fictif. Toute concordance avec une société existante ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.

[3] bien qu’ils le soient aussi la plupart du temps

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