Je n’aime pas regarder le journal télévisé. Depuis plusieurs années maintenant, moins je le vois, mieux je me porte. Malheureusement, même chez moi, je n’ai pas le monopole de la télécommande, si vous voyez ce que je veux dire. Alors périodiquement, je m’énerve.
Qu’est-ce que je reproche exactement au journal télévisé ? Justement, le fait qu’il soit télévisé ! Car cela induit une notion prioritaire : l’image. Au JT, une information sans image est une information qui n’existe pas. On ne la mentionne pas, ou alors vite fait, hop, dans les brèves, et seulement si c’est très très important (bref, le genre d’info présente sur la Une de n’importe quel journal papier). Un exemple ? j’ai déjà évoqué ici le site de SAV concernant l’information diffusée sur TF1 et LCI. Le mois dernier, un internaute se plaignait car un accident d’avion ayant entrainé la mort d’enfants aux USA n’avait pas été mentionné par le JT de Laurence Ferrari1. Jean-Marc Pillas avait justifié cette omission de la manière suivante :
La rédaction en chef de l’édition à fait le choix de ne pas en parler car il n’y avait pas d’images de cet accident d’avion aux Etats-Unis, sinon quelques photos.
Voilà qui se passe de commentaire.
Priorité à l’image
Le premier problème est donc le choix de priorité donnée à l’information, la place accordée. Une actualité contenant des images fortes sera toujours prioritaire sur les autres, peu importe son intérêt réel. Il y a probablement une raison à cela, à chercher du côté des parts d’audience.
Mais il y a un second problème, peut-être plus grave : le micro-trottoir. Vous savez, quand un journaliste de terrain demande leur avis à de sympathiques et innocents quidams qui passaient par là . En quoi est-ce un problème ? Personnellement, si je veux l’avis de mon voisin, je lui demande : je n’ai pas besoin que le journal me l’impose. Les journalistes sont là pour nous expliquer ce qui se passe, pour nous donner de l’information brute. A nous de nous faire une opinion avec ça. Les journaux télévisés sont déjà suffisamment court, à quoi bon perdre son temps à propulser dans la petite lucarne des béotiens qui nous diront que ouais, ils sont pour, ou contre, voire carrément sans avis sur la question. A la limite, l’avis d’un spécialiste, ça m’intéresse, parce qu’il sait de quoi il parle, lui, et aura de solides arguments à avancer. Mais un spécialiste, c’est moins facile à trouver, n’est-ce pas ?
Des micro-trottoirs orientés
Bref, vous l’avez compris, les micro-trottoirs sont le degré zéro de l’information. Mais c’est pire que cela ! Car en réalité, la rédaction fait dire absolument ce qu’elle veut aux « micro-trottoirisés ». D’abord, par le choix des questions : « cher monsieur, que pensez-vous de cette grève des cheminots, à cause de laquelle vous patientez depuis deux heures sur les quais de la gare ? ». Vous avouerez que ce n’est pas la même chose que « cher monsieur, que pensez vous de ces cheminots qui manifestent contre l’insécurité dont ils sont tous les jours les victimes ? ». Ensuite, peu importe les réponses, il suffit de trier et de monter convenablement…
Un exemple ? Regardez celui-ci :
http://www.dailymotion.com/video/x78ekqAlors, les Français sont tous des idiots ? Certainement pas ! Comme l’expliquent les responsables de cette vidéo, tout est affaire de manipulation : le comportement du journaliste, l’enchainement des questions…
L’émotion, piège à audimat
Dernier point. Pour faire de l’audimat, les chaines de télévision ont une botte secrète : l’émotion. C’est pourquoi, lorsqu’une catastrophe arrive, les témoignages de sinistrés/victimes abondent, malgré un apport informatif proche de zéro. Quel besoin ai-je de voir la mère d’une victime pleurer toutes les larmes de son corps ? C’est triste oui, je compatis, mais ça ne m’apprend rien. S’il y a des morts, il y a forcément quelque part des gens qui les pleurent, je n’ai pas besoin du JT pour le savoir.
Donc voilà . Je n’aime pas regarder le journal télévisé. Le format est trop restreint pour perdre son temps avec des images dignes d’un magazine à sensations. Cela dit, je dois l’admettre, il peut être utile de le visionner pour prendre le pouls de la société. Mais pour être vraiment informé, de grâce, complétez avec la presse écrite, sur papier ou sur Internet.
Pour aller plus loin sur le sujet, j’ai déniché deux bouquins. Je ne les ai pas encore lus, mais ça ne devrait pas tarder :
- L’audimat à mort, d’Hélène Risser
- La tyrannie de l’émotion, de Noël Mamère et Patrick Farbiaz
NB : l’image qui illustre cet article représente un micro-trottoir chinois, où la personne interrogée lit un prompteur tenu par un journaliste. Ah ils ont toujours un train d’avance ces Chinois ! Le micro-trottoir avec prompteur
Notes :



Que la forme soit télévisée ou écrite, le traitement de l’information nécessitera toujours une priorisation sans quoi on s’exposerait à une liste de dépêches sans fin.
A cela on peut ajouter les orientations politiques des rédactions qui influencent grandement les lignes éditoriales.
Alors certes il ne faut pas être dupe, le contenu d’un journal télévisé sera différent d’un canard mais est-ce qu’il est plus choquant que des gens se reconnaissent dans l’émotion d’autres personnes ?
Existe t-il seulement une règle universelle de priorisation dans le traitement de l’information ?
Quant à l’orientation des réponses aux micro-trottoirs, là il en va de l’honnêteté journalistique. Si le traitement de l’information peut être orienté, l’information même (et donc les questions) se doit de tendre le plus possible vers l’objectivité.
D’ailleurs ce problème se pose également avec les sondages.
Au final il faut surtout trouver le(s) journal(aux) ou le(s) média(s) qui nous convient et dans lequel on se reconnait.
Vive le figaro et le jt de TF1
Infâme menteur, tu préfères Le Monde !
Oui, il est normal d’avoir des informations prioritaires. Mais la question est de savoir pourquoi. Est-ce que je préfère mettre en avant une information ayant d’importantes répercussions politiques, économiques, sociales… ou une information à fort potentiel émotionnel ? Cela dit, effectivement, il n’y a pas de règles universelles. La seule véritable règle, pour tous les types de journaux, c’est celle de l’audience, car c’est elle qui le fait vivre.
C’est donc surtout une question de goût, anéfé (comme dirait Albanel).