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Le génie génétique s’inspire du logiciel libre

geneticsEt si, demain, nos vaccins et autres médicaments étaient développés par une bande de bricoleurs d’ADN dans leur garage ? Ce n’est plus de la science-fiction mais peut-être juste l’histoire de quelques années.

Il n’est d’ores et déjà plus nécessaire de travailler dans un laboratoire richement équipé pour faire des expériences génétiques. « Le Monde 2″ vient de publier un article passionnant à ce sujet : « Biohackers : les bricoleurs d’ADN »1. Deux exemples tirés de l’article :

  • Kay Aull, chômeuse et biohackeuse de 23 ans, a pu équiper son « laboratoire personnel » avec une poignée de dollars, grâce à un peu de bricolage et du matériel d’occasion. Avec son labo maison, elle a pu modifier le génome d’une bactérie et analyser son propre ADN pour voir si elle était porteuse d’une tare génétique présente dans sa famille.
  • Josh Perfetto, informaticien de 30 ans, s’est reconverti dans le génie génétique en autodidacte. Il a monté un petit labo avec du matériel d’occasion et a modifié une bactérie pour qu’elle produise de l’éthanol à partir d’eau et de lumière solaire.

Si ces prouesses individuelles sont réalisables, c’est parce que les informations nécessaires sont disponibles gratuitement sur Internet. Par exemple, le génome humain est accessible en ligne sous la forme d’un fichier de 1,44 gigaoctet. A partir de là, avec le matériel adéquat, un cerveau bien fait et du temps, tout est possible. Exactement comme la création de logiciels informatiques. D’ailleurs, la philosophie de cette nouvelle activité s’inspire directement du monde du logiciel libre : la communauté des biohackeurs met en commun ses découvertes et les protègent avec des licences libres, ce qui permet à quiconque de les utiliser à condition de publier son propre travail sous la même licence.

Voilà qui tombe comme un pavé dans la mare des laboratoires privés, qui font un véritable business en brevetant le vivant. Le dernier livre de Michael Crichton, « Next« , traite justement des dérives d’entreprises bio-technologiques et de laboratoires universitaires, qui brevètent des gènes au détriment de l’avancée du savoir et de la recherche. Comme il l’écrit dans la post-face, « le goût du secret envahit la recherche et entrave le progrès médical« .

La montée en puissance du logiciel libre a permis une reprise et une multiplication de l’innovation dans le milieu informatique. Les bricoleurs d’ADN arriveront peut-être au même résultat avec la recherche biologique.

adn-double-heliceMalheureusement, le monde du vivant est légèrement différent de celui de l’informatique. Les OGM peuvent muter et se propager. De nouveaux virus, développés dans des garages avec des protocoles de sécurités laissant à désirer, peuvent être lâchés dans la nature, accidentellement ou non… Vous le savez, il est devenu impossible de se connecter à Internet sans être régulièrement infesté par des virus mis au point par des bricoleurs en tous genres. Ils jouent au chat et à la souris avec les éditeurs d’antivirus. Mais dans le monde biologique, on ne joue pas : les virus peuvent tuer, pour de vrai.

La banalisation du génie génétique nous promet une avalanche de découvertes permettant de faire progresser la civilisation. Des découvertes médicales, bien sûr, mais également en matière d’énergie (comme cette bactérie productrice d’éthanol) ou encore en informatique, avec le bio-ordinateur2. Mais les dangers sont également bien réels, et tous les bricoleurs d’ADN ne seront pas à cheval sur le principe de précaution

Pour autant, faut-il interdire aux amateurs de s’attaquer au génie génétique ? Je ne crois pas que ce soit la solution. L’Histoire est là pour nous rappeler que tout ce qui est possible fini par être réalisé. Mieux vaut, alors, que ce soit dans la lumière plutôt que dans les sombres recoins de l’illégalité. Il incombera au pouvoir public d’encadrer ces activités du mieux qu’il pourra, et d’être paré au pire comme au meilleur.

Notes :

  1. « Biohackers : les bricoleurs d’ADN » : http://www.lemonde.fr/le-monde-2/article/2009/09/04/biohackers-les-bricoleurs-d-adn_1235563_1004868.html []
  2. « De l’ADN artificiel pour de futurs bio-ordinateurs » : http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/chimie-1/d/de-ladn-artificiel-pour-de-futurs-bio-ordinateurs_16115 []

Un commentaire pour : « Le génie génétique s’inspire du logiciel libre »

  • Tu les sens venir, les catastrophes liées aux expériences mal encadrées ?
    Genre la personne qui invente un antigène encore plus dangereux que le sida, qui s’attrape juste en touchant un objet, ou qui se respire. Et cette même personne, qui invente l’anticorps correspondant (si elle y arrive) et qui le commercialise à grande échelle…

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  • C’est précisément le genre d’intention qu’on prête généralement aux éditeurs d’antivirus, mais je ne crois pas que ce soit fondé. Tout simplement parce qu’un éditeur qui trouverait trop rapidement des contre-mesures finirait par être suspect. A moins bien sûr qu’il y ait un complot et qu’ils se mettent tous d’accord, mais ce serait aller un peu loin dans la paranoïa.

    Le risque serait le même pour un biohackeur. Imaginons qu’il invente un virus et le propage, dans le but de diffuser ensuite un vaccin. Il ne pourra proposer ce dernier qu’après un certain temps, pour laisser au virus le soin de se propager suffisamment et pour ne pas trop éveiller les soupçons. Ce faisant, il prend le risque de se faire voler la vedette par un laboratoire concurrent. Si le virus est particulièrement virulent, il aura tué pour rien. Malheureusement, c’est vrai, on ne peut être certain que personne ne prendra ce risque, quelles qu’en soient les conséquences.

    A mon avis, le danger le plus important est celui du bioterrorisme. Danger que l’on redoute depuis longtemps déjà, mais qui pourrait se préciser avec la banalisation du génie génétique. Si ce n’est encore jamais arrivé, c’est à mon avis simplement pour une raison de coût de développement exorbitant pour un résultat aléatoire. Mais évidemment, comme le coût diminue considérablement…

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  • Moi, je dis, il faut bien mourir de quelque chose…
    Ha si, aussi ! je suis le roi du commentaire qui sert à rien en ce moment !

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  • Hum !
    Vivant dans un pays où le coût de la santé est exorbitant, j’avoue que si je savais préparer mes médics moi-même, de super vaccin et autres analyse de mon corps de déesse, ce serai fort appréciable.
    Après, au vu de tout tes arguments… c’est assez flippant.
     

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  • « L’Histoire est là pour nous rappeler que tout ce qui est possible fini par être réalisé »
    C’est très vrai, du coup j’aurai tendance à penser que le fait que ça puisse être fait dans un garage n’est pas tellement plus dangereux. C’est plus un possible accélérateur de catastrophe. Ce qui est flippant, c’est le fait que ce soit fait de manière ouverte, mal encadrée et difficile à tracer.

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  • Gilles Vanwalleghem, le 15 septembre 2009 à 17:02

    Sigh … je suis biologiste de formation, on fait des modifs génétiques à tour de bras, c’est le boulot. Les risques existent, mais ils sont probablement bien moindre que la mauvaise utilisation des antiobiotiques dans les pays « riches », que les sociétés pharmaceutiques qui (souvent sous la contrainte des gouvernements) ne fournissent que des médicaments partiels contre certaines maladies, du coup favorisant la résistance à ce médicament (et oui, la trithérapie du HIV ça sert à ça), le déversement par l’industrie et les particuliers de millions de tonnes de déchet toxiques dont certains mutagènes (désolé, pas la version des tortues ninjas).
    Le bioterrorisme c’est bien pour faire peur (même chose avec les produits chimiques), réfléchissez aux attaques à l’Anthrax ou au gaz, vous trouvez vraiment que ça a fait plus de mort qu’une bête bombe ? Sans compter les problèmes de stockage, pour apporter le matériel à la cible, etc…
    En fait pour réussir à faire un truc tueur super dangereux, c’est pas évident, ce n’est pas pour rien qu’on a abandonné les armes bactériologiques (entre autre raison). L’évolution a tendance à optimiser les bestioles, donc ce qui nous tue, nous tue déjà plutôt bien, pour faire mieux ce n’est pas facile.
    Bref il ne faut pas diaboliser tout ça, les risques existent, mais on les prend déjà et à une échelle autrement plus importante. Pensez y la prochaine fois que vous prenez des antibio pour un rien ou que vous jeter des produits chimiques à l’évier…

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  • @Gilles Vanwalleghem : merci beaucoup pour les informations de spécialiste.

    Je suis interloquée par ton exemple de la trithérapie pour le VIH. Quel serait l’intérêt d’un gouvernement à « fausser » les traitements du VIH ? On pourrait en savoir davantage ? Du moins ton point de vue personnel ?

    (c’est bien la première fois que j’entends quelqu’un avoir un avis négatif sur la question, en fait..)

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  • Gilles Vanwalleghem, le 16 septembre 2009 à 10:38

    Alors attention je donnais l’exemple de la trithérapie pour expliquer l’intérêt des traitements combinés : éviter que la maladie développe une résistance.
    A ma connaissance aucun gouvernement/société pharmaceutique ne fausse les traitements, soit on est dans un pays « développé » et on a accès à la trithérapie, soit on a pas de chances (même si l’Inde commence à changer ça en refusant les brevets aux sociétés pharmaceutiques, ouvrant la porte à des génériques bon marché, mais c’est hors du débat).
    Je pensais plutôt à la Malaria, si ma mémoire est bonne il existe des endroits où la résistance au médicament le plus utilisé atteint 60 à 80%, en combinant ce médicament à d’autres on augmenterait son efficacité et on diminuerait les risques de résistance de la maladie. Mais cela coute cher et ce n’est pas fait, malgré les recommandations de l’OMS et des scientifiques.

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