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Le journaliste doit-il se soumettre à la volonté de son interlocuteur ?

christine-albanel-rtlDans un article d’hier, Numérama fustige RTL, qui se soumettrait un peu trop facilement aux exigences de ses invités. En effet, pour organiser un débat contradictoire avec Christine Albanel, la radio avait d’abord prévu de lui opposer un représentant de l’UFC Que Choisir,  mais le cabinet de la Ministre lui a fait savoir qu’elle ne désirait pas débattre avec ce dernier. RTL s’est donc rabattu sur Philippe Agrain, co-fondateur de la Quadrature de Net. Malheureusement, ce contradicteur fut également écarté, le cabinet de la Ministre faisant part de « ses difficultés avec les associations ». Finalement, c’est un député PS opposé à la loi Hadopi qui sera choisi.

La Ministre de la Culture ne fait certainement pas preuve, en agissant de la sorte, de sa grande capacité à soutenir un débat contradictoire pointu et passionné, en tout cas sur ce sujet. Mais cela ne surprend pas, de la part d’une personne qui trouve qu’Internet, c’est compliqué, c’est tout nouveau (( http://www.lepost.fr/article/2009/06/11/1573138_christine-albanel-internet-c-est-complique-c-est-tout-nouveau.html#xtor=RSS-30 )).

En revanche, la conclusion de l’article, signé par Guillaume Champeau, m’a fait tiquer :

Le journalisme ne ressort pas grandi lorsqu’il se soumet aux volontés de ceux qu’il interroge, oubliant par la même ce qu’impose de déontologie le rôle de contre-pouvoir et de lumière de la démocratie dont il aime tant se prévaloir.

Il aurait bien fait de se renseigner 5 minutes avant de conclure de la sorte. Christine Albanel était l’invitée du Journal Inattendu, et dans le principe de cette émission, l’invité est aussi le rédacteur en chef. Du coup, on peut comprendre que la Ministre, en tant que rédactrice en chef, puisse faire des choix…

Quoi qu’il en soit, de manière plus générale, il ne faut pas oublier un détail : la presse n’a de contre-pouvoir que celui qu’on veut bien lui accorder. Le journaliste n’est ni un juge, ni un sergent. Il n’a d’ordre à donner à personne. Si un invité, quel qu’il soit, fait part de son refus de débattre avec une personnalité ou un membre d’organisation, RTL ne peut que prendre acte et revoir le casting en conséquence. Car l’invité, justement, est invité, et non pas convoqué.

Cependant, dans un monde idéal, et pour satisfaire à leur vocation informative, les médias devraient mettre au courant le public quand des tractations de ce type ont lieu. Ça se fait probablement. Parfois. En tout cas, pas avec tout le monde…

Un commentaire pour : « Le journaliste doit-il se soumettre à la volonté de son interlocuteur ? »

  • Tapamilastiko, le 24 juin 2009 à 19:57

    « Si un invité, quel qu’il soit, fait part de son refus de débattre avec une personnalité ou un membre d’organisation, RTL ne peut que prendre acte et revoir le casting en conséquence. »

    Et pourquoi pas plutôt revoir l’invité ? Toutes ces personnes qui veulent et ont besoin d’exister médiatiquement finiraient bien par accepter les contradicteurs choisis au risque de disparaître du PAF.

  • Quand il y a des solutions de rechange, oui, je suis d’accord. Mais un Ministre de la Culture, là, par définition, il n’y en a qu’un. Ça limite le choix !

  • Tapamilastiko, le 25 juin 2009 à 11:34

    Bouaf ! Ils n’ont qu’à inviter une autre personne, pas forcément politique, pour traiter de la culture. En plus, pour ce qu’elle a dire celle-là, ils n’y auraient pas perdu au change…

  • Tu rigoles, Albanel, c’est un trop bon client pour les médias. Anéfé, on est tellement curieux de connaître la prochaine bêtise qui sortira de sa bouche :)

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