
Depuis hier, on n’entend parler que de ce passage de l’émission « A vous de juger », où François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit s’échangent quelques politesses, avec notamment cette remarque du président du Modem : « il y a un certain nombre d’ignominies que vous n’avez pas hésité à porter. Par exemple, je trouve ignoble, moi, d’avoir poussé et justifié des actes à l’égard des enfants que je ne peux pas accepter« .
Pour rappel, Daniel Cohn Bendit a publié en 1975 un livre intitulé « le grand bazar », d’où l’on peut extraire ces deux citations :
« Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : « Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d’autres gosses ? » Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même »
« J’avais besoin d’être inconditionnellement accepté par eux. Je voulais que les gosses aient envie de moi, et je faisais tout pour qu’ils dépendent de moi »
Une polémique avait éclaté à ce sujet en 2001, et Daniel Cohn-Bendit s’était défendu en expliquant qu’il avait écrit cela uniquement dans le but de « choquer le bourgeois » (il faut se remettre dans le contexte post-68 de libération sexuelle pour comprendre ce qu’il entend par là). D’ailleurs, aucune plainte n’a jamais été déposée contre lui à ce sujet. Si Daniel Cohn-Bendit n’a jamais été pédophile, une chose est certaine : ces écrits, même fictifs, sont réellement ignobles, du moins avec le regard que la société actuelle porte sur ce genre de comportements. Et en cela, François Bayrou a raison.
Était-ce pour autant justifié d’évoquer cette affaire en plein débat télévisuel sur la campagne européenne ? Certainement pas. Bayrou se défend en expliquant que Cohn-Bendit l’attaque fréquemment lors de ses meetings, notamment sur des sujets personnels et religieux :
«ça fait des mois que Daniel Cohn-Bendit m’insulte à longueur de meetings, y compris sur des sujets personnels et sensibles comme la religion», se promenant «partout en disant « il a touché la Vierge »»
Toucher la Vierge ? Arf. Le parallèle avec l’affaire sus-citée était immanquable. Si Bayrou est continuellement la cible des insultes de Cohn-Bendit, on peut comprendre qu’il soit à bout et désireux d’en découdre. Fallait-il passer du désir à l’acte ? Peut-être. Mais pas de cette manière. Quand on est un personnage public, on ne devrait pas répondre à un coup bas par un autre coup bas. En tout cas pas publiquement. Car pour avoir le soutien de l’opinion, mieux vaut passer pour une victime que pour un agresseur. Bayrou le sait pourtant mieux que personne : il a bien profité de ses accusations justifiées contre les médias et Sarkozy, les premiers faisant le jeu du bipartisme et le second cherchant à l’éliminer de l’échiquier politique.
Alors pourquoi ? Peut-être par excès de confiance. Ou peut-être simplement à cause d’un rejet viscéral de tout ce qui touche aux comportements tendancieux vis à vis des enfants : c’est en tout cas la justification que François Bayrou donne lors de sa conférence de presse d’aujourd’hui. Vu la réaction des médias et des politiques, qui se bousculent pour la condamner, cette attaque pourrait lui couter cher. Mais pas forcément dans la tête des électeurs : car ceux qui feront la démarche de se renseigner sur les écrits de jeunesse de Daniel Cohn-Bendit seront probablement tout aussi horrifiés…









9 commentaires pour : « Le lynchage médiatique de François Bayrou est-il justifié ? »
Je viens d’entendre Bayrou sur Canal + et son acharnement à planter des clous sur son propre cercueil est inquiétant.
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C’est marrant, parce que cette émission censée aider à choisir son camp pour les européennes, a plutôt dû donner des voix à l’abstention tellement les coups bas étaient nombreux.
Vais me faire anarchiste tiens !
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Les écrits de Cohn-Bendit sont archi-connus et quelle drôle d’idée de l’attaquer là dessus sur un plateau de débat politique en vue des élections européennes.
Voilà qui fait le jeu à la fois de la droite et de la gauche.
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On dirait que ça n’a pas porté préjudice à Europe écologie visiblement.
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Il semblerait oui ! Il faut dire qu’entre cette histoire et la sortie de Home, Europe Ecologie avait le vent en poupe…
En tout cas, le Modem a pris LA claque qui fait mal.
Le gros problème, c’est aussi les 60% d’abstentions. On ne peut pas dire que les français se soient exprimés quand seuls 40% se déplacent…
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Bah, les Français qui se sentent concernés, si.
Mais c’est sûr que cette abstention massive soulève un problème : si la France est bien intégrée en Europe, l’Europe quant à elle n’est pas vraiment intégrée en France.
Les institutions européennes manquent de lisibilité. Entre les fonctions du Parlement européen, de la Commission européenne et du Conseil européen, il y a tout de même de quoi s’y perdre.
Normal que les gens ne s’intéressent pas à ce qui leur paraît flou et lointain.
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Ce n’est pas qu’un problème d’institution, le fait que l’UE soit arrivée à 27 pays en très peu de temps, avec des Etats tels que Chypre, Malte, Roumanie, Estonie et j’en passe, n’aide pas non plus.
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Le flou des institutions y est peut-être pour quelque chose. Mais je crains que les institutions françaises soient tout aussi mal connues du grand public.
A mon avis, c’est surtout un problème d’identité, certainement aggravé par le dernier élargissement. Il n’y a pas encore d’identité européenne bien claire. Nous sommes plus conscients de nos différences que de nos points communs. On se connait tous très mal…
L’Europe doit faire un énorme effort pour la diffusion culturelle interne, à commencer par le cinéma et la télévision. C’est le meilleur moyen de découvrir qui sont nos voisins.
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Je pense qu’à peu près tout le monde en France sait qu’il y a une assemblée nationale, un Sénat et un Conseil des ministres. Je pense aussi que les rôles et le mode de fonctionnement de chacune de ces institutions sont mieux connues que celles européennes.
Et je suis totalement d’accord, l’identité, le sentiment d’appartenance est beaucoup plus difficile depuis que l’Europe s’est élargie.
Comme je disais, l’Europe n’est pas vraiment intégrée en France. Et sûrement dans bien d’autres pays.
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