Depuis longtemps, je m’interroge sur la légitimité d’un parti écologique. J’avais l’intuition que le concept d’écologie était trop thématique pour justifier la création d’un parti politique. Tant qu’on y était, pourquoi pas un parti des chômeurs, un parti de la culture ou un parti des vieux (celui là existe, j’en ai déjà parlé) ? D’ailleurs, le parti vert est souvent considéré comme une excroissance des socialistes, défendant les mêmes principes, avec quelques divergences de point de vue sur les sujets touchant la thématique.
L’écologie, un thème consensuel…
Lors du résultat des dernières élections européennes, un détail m’a conforté dans cette opinion. La liste Europe Ecologie a eu le succès que l’on sait, et tous les responsables politiques que j’ai entendu sur le sujet ont salué cette montée verte comme une avancée positive, qui montre l’intérêt des français pour l’avenir de la planète. D’habitude, les responsables de partis adverses préfèrent user de mauvaise foi, contestant et pinaillant la lecture des chiffres. Mais la position aurait été difficile à tenir dans les circonstances actuelles, où le réchauffement climatique et la défense de la biodiversité font l’objet d’un quasi consensus mondial. Consensus qu’il est très, très mal vu de contester (demandez à Claude Allègre).
… et universel
Les autres partis auraient d’autant plus de mal à polémiquer qu’ils ont pratiquement tous une mouvance verte en leur sein. le Modem a fusionné avec le Cap 21 de Corinne Lepage. La droite aussi a sa conscience écologique, bien que dispersée dans des partis sans réelle visibilité (d’une manière générale, on peut les regrouper sous le terme « les bleus »). Et l’UMP, qui a lancé le grenelle de l’environnement, ne pouvait décemment pas critiquer l’intérêt des français pour le sujet.
Aujourd’hui tous les partis sérieux prennent en compte la défense de l’environnement dans leurs programmes, ce qui devrait logiquement conduire à effacer l’importance d’un parti vert sur l’échiquier politique. Mais il n’en est rien. En réalité, que fait le gouvernement UMP pour l’écologie ? Des rustines, par ci par là, des projets, des annonces, pour faire bonne figure… Mais ce n’est pas sa priorité, loin s’en faut. Car ce n’est pas son idéologie.
L’idéologie, fondement du politique
On en vient à l’essentiel. Les courants politiques forts sont tous issus d’une idéologie. La politique de l’UMP est un savant mélange de gaullisme et de libéralisme, l’influence de ce dernier courant se faisant plus forte à mesure que le souvenir du Général s’estompe. Le Parti Socialiste est évidemment conduit par le socialisme, que j’ai tendance à considérer comme une version édulcorée, plus digeste, du communisme. Ces deux visions de la société sont diamétralement opposées et très clivantes, ce qui a conduit au bipartisme que l’on connait.
François Bayrou, avec le MoDem, tente de sortir le paysage politique français de ce bipartisme, en proposant une troisième voie. Le problème est que cette troisième voie n’est pas bien claire. Moi-même, qui suis proche de cette mouvance, je serais incapable de définir clairement l’idéologie défendue par le MoDem. On peut évoquer les mots de social-démocratie, d’humanisme. Mais ce ne sont pas des concepts aussi marqués idéologiquement que le socialisme ou le libéralisme.
Hier, j’écoutais Jean-François Kahn, invité de l’émission « Lignes Jaunes »1 . Evoquant les résultats des élections européennes, il a fait remarquer qu’en additionnant les voix obtenues par Europe Ecologie et le Modem, on arrivait à 25% : il y a donc bien la place pour une troisième voie dans notre pays. Mais, a-t-il précisé : « c’est pas nous ».
L’écologisme, troisième voie idéologique ?
Et en y réfléchissant bien, l’écologie peut devenir une valeur idéologique forte. Car elle n’est pas juste affaire d’environnement. Malheureusement, la langue française est très mal servie par ce terme : l’environnement, ce qui nous environne, ce qui est autour de nous. Car l’écologie est la défense de toute la vie sur Terre, humanité comprise ! Le déséquilibre des éco-systèmes est aussi un déséquilibre au sein de l’humanité. Et l’on ne pourra pas corriger l’un sans régler l’autre.
L’écologisme peut être cette troisième voie du paysage politique, à condition de s’affirmer en tant que telle, par son indépendance. Il lui faut un projet de société, un projet économique. Je ne sais pas si le parti Vert sera capable d’évoluer en ce sens, je le crois trop dépendant du parti socialiste. Quant au MoDem, il pourrait devenir LE représentant crédible de l’écologisme, à condition de faire une place plus importante à la mouvance de Corinne Lepage. je viens d’ailleurs de tomber sur cette phrase qu’elle a écrit lors d’un chat pour lemonde.fr2 : « l’écologisation du MoDem est une condition de sa pérennité ». Je ne saurais mieux dire, et vous ?
Notes :
- http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2036 : contenu accessible aux abonnés d’ASI [↩]
- Corinne Lepage sur lemonde.fr : http://www.lemonde.fr/elections-europeennes/chat/2009/06/08/europeennes-quelles-lecons-pour-le-modem_1204435_1168667.html [↩]









10 commentaires pour : « Les Verts sont-ils crédibles comme Parti Politique ? »
L’idéologie n’est (malheureusement ?) pas toujours la pierre fondamentale de la politique. Certains de nos plus hauts représentants ne sont même presque pas du tout idéologues, voguant au gré du vent et des courants.
La politique c’est aussi des jeux d’alliances, des concertations voire des ententes éhontés, des manipulations, du charisme, et surtout des conjonctures et des circonstances particulières.
Il y a un faisceau d’éléments qui ont fait qu’Europe Ecologie a émergé. Déjà une conscience écologique qui commence a se développer à l’échelle mondiale. Ensuite je pense qu’il y a eu un basculement des déçus du PS vers les Verts. D’ailleurs l’écologie n’est pas si éloignée du socialisme. Ces deux mouvements se soucient du plus grand nombre ou de la plus grande échelle pour le bien-être de tous, comparé au libéralisme qui est élitiste et prône la loi du plus fort, un bien-être supérieur de quelques uns aux dépends des autres. Le communisme quant à lui est une utopie, nombreux sont ceux qui veulent ne serait-ce qu’un peu plus que les autres.
Finalement l’ »écologisme » est peut-être le prolongement du socialisme. Un socialisme à une plus grande échelle, plus abouti.
En tout cas les Verts ont marqué un bien bel essai mais sauront-ils le transformer ?
Même si je pense qu’ils auront du mal à trouver les mêmes circonstances, personnellement je l’espère.
Répondre
Les hommes politiques ne sont effectivement pas toujours fidèles à l’idéologie qu’ils sont censés défendre, voire n’y croient pas du tout. Mais c’est l’idéologie qui fait l’électorat. Il suffit d’écouter les hommes politiques parler pour s’en convaincre. Ils utilisent un lexique, des mots et concepts propres à leur idéologie pour que les électeurs puissent s’identifier à leur discours.
Mais c’est vrai que les politiques sont parfois moins idéologues que pragmatiques. Ce qui favorise le centrisme, qu’il se nomme ainsi ou pas.
Je ne suis pas franchement d’accord avec toi, sur l’écologisme qui serait un socialisme plus abouti. La nature, en elle-même, est plus proche du libéralisme que du socialisme. La vie est en compétition constante, la loi du plus fort EST la loi naturelle, il ne faut pas l’oublier. Et la vie doit continuer à être en compétition, sinon elle ne peut évoluer. Le socialisme, a la tentation de tout régler par la loi, l’Etat, l’administration. Elle est effectivement bénéfique pour la société humaine, dans le sens où elle se soucie du bien du plus grand nombre, mais elle est lourde, peu réactive. Une écologie mue par une base socialiste mènerait, selon mon intuition, à une nature réduite à l’état de zoo géant, où tout serait préservé mais immuable.
Et en même temps, l’écologisme ne pourrait être lié au libéralisme débridé comme on le connait, qui a ses avantages en terme d’innovation et de réactivité, mais dont l’inconvénient majeur est d’obéir au moins de règles possibles, en misant sur l’équilibre obtenue par auto-régulation du marché. On sait que c’est un mythe, car l’équilibre n’est qu’un état temporaire entre deux crises. C’est la loi naturelle, c’est ainsi que la nature fonctionne, qu’elle évolue. Mais l’humanité refuse de l’appliquer au sein de sa société, c’est pour ça que nous avons inventé les lois. C’est pour ça que nous sommes humains, et pas juste des animaux.
Voilà pourquoi je pense que l’écologisme doit être complètement séparé du socialisme et du libéralisme. Ce doit être une idéologie bien distincte, avec ses propres concepts, permettant de faire cohabiter avec le plus d’harmonie possible l’humanité et son environnement, en répondant au mieux aux besoins spécifiques de chacun.
Répondre
« le réchauffement climatique et la défense de la biodiversité font l’objet d’un quasi consensus mondial. Consensus qu’il est très, très mal vu de contester (demandez à Claude Allègre). » Je n’ai pas le souvenir d’avoir lu qu’il niait le réchauffement climatique, ce qu’il dit, c’est qu’il n’est pas sûr que ce soit les hommes qui soient à l’origine de ce réchauffement.
Quant au socialisme qui se soucierait du plus grand nombre, je ne suis pas d’accord non plus. Il n’y a qu’à voir les retraites abusivement hautes accordées à la génération qui précède la nôtre pour comprendre que c’est un mouvement égoïste et qui plus est, qui cherche à imposer par des manifestations (le plus souvent gauche que droite) la loi de la rue à la loi de la majorité (démocratie ?). Tous les mouvements politiques ne sont centrés que sur l’individu qui cherche à obtenir le maximum qu’il peut avec l’élection du parti qui l’avantage le plus.
Et si l’écologie est une idéologie bien distincte du socialisme et du libéralisme, comment pourrait-elle exister dans notre système politique où l’on élit nos partis pour gérer l’ensemble de l’appareil de l’État (éducation, santé, …) ? Je ne pense pas que les Verts soient crédibles comme parti politique, c’est d’ailleurs pourquoi, ils ont trouvé leur place plus au niveau européen qu’au niveau national, les électeurs n’hésitant pas à donner leur voix pour avoir un contrepoids à l’échelle européenne mais n’étant pas prêt à voter pour ce parti aux élections nationales. Et puis l’écologie, qu’ils arrêtent un peu de nous prendre la tête aussi avec des solutions toute faite inutiles décrédibilisant leur action (ex : retrait des sacs plastiques en grande surface, qu’on doit acheter maintenant, simple différence ou encore les ampoules basse consommation qui certes durent plus longtemps, mais coûtent plus chères, mettent un certain temps à éclairer correctement et surtout sont polluantes à produire ou encore les éoliennes qui en plus de détruire le paysage ne sont pas productives ou encore le carburant vert qui cumule le bénéfice d’utiliser des denrées alimentaires provoquant des hausses de prix des matières premières insupportables pour les pays pauvres provoquent déforestation et sont au final bien polluants) et qu’ils fassent leur boulot, c’est-à-dire faire réfléchir chaque parti politique. Ah oui, et puis aussi, pourquoi l’écologie serait-elle liée au socialisme ? Je la vois plutôt comme un moyen d’optimiser nos moyens de production (coût, productivité, …) et pourrait très bien donc venir se greffer au libéralisme (création d’entreprises, …).
Enfin bon bref, pour en revenir au sujet, l’écologie ne devrait pas être la préoccupation d’un seul parti mais plutôt s’intégrer à l’ensemble des partis politiques, qui sont pourtant assez frileux à ce niveau-là.
Ah là là, j’aime pas la politique, ça me fait dire trop de merde ! ^^
Répondre
PS : rah purée, j’ai toujours pas ma place dans la rubrique « ils aiment commenter », va falloir que j’accélère la cadence ! XD
Répondre
Oui, pour Claude Allègre, j’ai fait un raccourci, tu fais bien de préciser.
Jusqu’à peu, j’étais d’accord avec ta conclusion. Après réflexion, je pense que l’écologisme pourrait devenir une idéologie à part entière, avec un modèle de développement qui lui est propre. En tout cas, tant qu’elle n’évoluera pas en ce sens, les partis verts ne seront pas crédibles.
Répondre
@Tapamilastiko : je viens d’agrandir la liste, tu étais juste sous Aymeric
Répondre
Je trouve en effet que les politiques sont parfois plus pragmatiques qu’idéologues.
Par contre si la nature est peut-être proche du système libéral, l’écologie c’est le contraire même du libéralisme. Si on ne s’attachait qu’à nos propres intérêts humains, la loi du plus fort, la loi de la nature pour faire court, pour simple exemple on ne se préoccuperait pas de réduire à l’échelle mondiale le rejet de gaz à effets de serre et on privilégierait l’industrie dans son meilleur rendement.
Après les deux peuvent avoir des intérêts communs, un souci d’économiser. L’économie de matières premières est un bon exemple (et donc une réduction des coûts pour l’industrie).
Et concrètement, est-ce un hasard si en France l’écologie est bien plus ancrée à gauche qu’à droite ? Est-ce un hasard aussi à l’échelle européenne ?…
@Tapa : le carburant vert ce n’est pas du tout écolo…
Autrement l’idéologie du socialisme à la base c’est tout de même le partage des richesses. En est-il de même pour le libéralisme ?
Après il y a de toute façon des abus partout. Je trouve que les régimes de retraites spéciaux constituent en effet vraiment le meilleur exemple.
Répondre
Ps : Hey moi aussi je poste pas mal ces temps ci. Les sujets politiques m’inspirent.
Répondre
Oui tu as raison, j’ai fait un amalgame entre nature et écologie.
Bon j’ai l’impression qu’on voit tous midi à notre porte, selon qu’on croit ou pas à ces idéologies. Pour ma part, je suis persuadé que le socialisme et le libéralisme tels que nous les connaissons sont deux modèles qui ne peuvent fonctionner à long terme (ne débattons pas là dessus, nous ne tomberons jamais d’accord). Voilà probablement pourquoi je crois et j’espère trouver une 3e voie plus durable, que l’écologisme pourrait incarner.
PS : profites en, ça ne durera probablement pas !
Répondre
Je viens de voir (enfin) home. Ça me conforte vraiment en tout point de ce que je pensais déjà.
Magnifique ce film.
Répondre
Un Rétrolien