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Romanciers, inventez tout ou trouvez un avocat !

Ce que je viens d’apprendre par le biais de cet article est tout simplement incroyable. Les gestionnaires d’une marque attaque une romancière en justice pour avoir situé son polar dans leur magasin. Oui, vous avez bien lu.

Des propos diffamatoires

« Au malheur des dames ». C’est le titre de ce roman policier de Lalie Walker (photo ci-contre), dont l’intrigue principale se déroule au Marché Saint-Pierre, à Paris. Le lieu est réel, mais tout le reste, nom des personnages y compris, est inventé. Dans son livre, les propriétaires fictifs de cet établissement kidnappent des femmes. Oui, ce sont les méchants. Les vrais dirigeants s’offusquent :

Ces faits d’enlèvements de femmes imputés aux dirigeants de la société Marché Saint-Pierre sont des propos diffamatoires, ruinant à l’honneur et la considération des requérants.

Ils portent donc plainte en diffamation, arguant que de nombreux passages du livre sont contraires à la réalité.

Quoi, une fiction inventée ?

Youhou, on se réveille ! Roman ! Fiction ! Ces gens sont-ils illettrés au point de n’avoir jamais pris connaissance de la signification de ces mots ? Allez, je suis gentil, je vais leur expliquer. Le principe même d’une fiction est de raconter des faits inventés, irréels. Parfois, cependant, il arrive qu’un écrivain situe l’action de son livre dans des lieux existants, dans un soucis de réalisme. J’ai bien dit réalisme, pas réalité. C’est à dire qui tend à paraitre réel, mais qui ne l’est pas ! Les gens savent très bien faire la différence. Tout le monde, à part peut-être les dirigeants du Marché Saint-Pierre, sait qu’un roman est une Å“uvre de fiction. D’ailleurs, pour ceux qui l’ignoreraient, une phrase le rappelle en général dans les premières pages : c’est en tout cas le cas du « Malheur des dames ».

Le Vatican a-t-il jamais fait interdire « Notre Dame de Paris » parce que Victor Hugo osait y prétendre que la cathédrale hébergeait un bossu et un archidiacre qui reluquent une tsigane mineure ? Tant qu’on y est, la ville de Paris aurait du porter plainte contre les producteurs du film « Independance Day » : « Non la Tour Eiffel n’a jamais été détruite, c’est un mensonge visant à ruiner notre potentiel touristique ! ».

Oh, j’oubliais le meilleur :

Ce livre cite notre marque ! C’est une marque déposée ! Ce site est protégé ! On ne touche pas et on ne parle pas du Marché Saint-Pierre sans l’autorisation du propriétaire et du dirigeant. C’est n’importe quoi, c’est de la diffamation.

Ah. Oui. En effet, c’est n’importe quoi. Je comprends, il est donc interdit de parler du Marché Saint-Pierre sans autorisation préalable. Alors si je me rends chez eux et qu’un ami me demande où je vais, je n’ai pas le droit de lui répondre ? Vais-je subir un procès pour avoir osé mentionner ce nom plusieurs fois dans cet article ?

Non, sérieusement, les dirigeants du Marché Saint-Pierre, avec cette action en justice, réalisent une bien piètre publicité pour leur magasin. Ainsi, peut-être, qu’une très bonne pour le roman de Lalie Walker, que j’ai brusquement envie de lire. Nul doute qu’ils seraient plus productifs en s’occupant de choses essentielles, comme par exemple, refaire leur site Internet. Mouhahaha ! Pardonnez moi, je pouffe à chaque fois que j’y jette un Å“il.

Un commentaire pour : « Romanciers, inventez tout ou trouvez un avocat ! »

  • Merci pour le lien ! =)

    Moi aussi, ça me donne envie de les pincer pour voir s’ils sont réels. Des gens qui poursuivent pour un prétexte aussi stupide, ont l’air issus de l’imagination délirante d’un scénariste.

    Le vieil adage qui veut que la réalité dépasse la fiction se vérifie encore une fois.

    Je suis de ton avis, au lieu de dépenser des fortunes en procédures abusives, ils feraient mieux de refaire leur site qui, lui, leur fait un tort considérable.

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  • Tas de mécréants !

    Comment osez-vous vous opposer à la parole de St Pierre, aïeul de Benedictus number sixteen (comme la chapelle)…

    OOOOOOps… c’est pô de ce St Pierre là dont il s’agît….

    J’avais fais l’économie du marché et captalisé sur le Pierre !

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  • Bravo ! Tout à fait d’accord avec toi.

    l’obsession de la conformité au réel est très récent puisque c’est le philosophe Hegel qui développe ce thème dans sa philosophie de l’histoire.

    Du coup, les philosophes qui ont suivi ont introduit la notion de « genre littéraire », connu de manière intuitive, mais jamais vraiment formalisé.
    Il vise à distinguer la portée de chaque texte en fonction de son genre et donc distinguer fiction et réalité historique.

    Il y a un gros recul en occident, depuis quelques années, en particulier à cause des fondamentalistes religieux qui ont un rapport très littéral à l’écrit.

    Bref, c’est un joli retour à l’antiquité ou au moyen-age.

    A noter que les sémites juifs et les asiatiques n’ont pas ce rapport d’exactitude historique des textes dans leur genes. Ce qui est important, c’est que le sens du texte soit transmis, quitte à prendre des libertés avec la narration des faits…

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  • J’ai plutôt dans l’idée que cette situation découle de l’orgueil de ces dirigeants et de cette manie procédurière qui nous vient des USA.

    Du reste, je préfère ne pas spéculer sur l’éventuelle appartenance religieuse de ces individus.

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  • Tapamilastiko, le 15 mars 2010 à 01:32

    En même temps, verrais-tu ça avec d’autres sociétés ?

    Imagine un roman qui utilise comme protagoniste le big boss de Microsoft et qui en ferait un violeur par exemple ?

    Je pense que l’on peut bien évidemment utiliser les noms de lieux réels dans des romans, mais qu’à partir du moment où l’on décide de faire des « méchants » (je ne trouve pas d’autres termes, la fatigue sans doute ! XD), on ne doit pas les représenter comme dirigeant de telle ou telle entreprise réelle.

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  • Bon, maintenant c’est à la justice de décider si on peut mêler ainsi fiction et réalité. Mais si l’on fait un pas dans cette direction, j’ai peur que ça ne s’arrête plus, et ce sera un horrible boulet pour la littérature.

    Le fait d’ancrer la fiction dans le réel est un procédé très pratique pour faire pénétrer plus facilement le lecteur dans l’univers du roman. Par exemple, écrire « ma vieille R25″ parle beaucoup plus à l’imaginaire que « ma vieille voiture ». Mais si le méchant conduit une R25, Renault portera-t-elle plainte ? Avec une telle jurisprudence, les auteurs ne pourront plus prendre le risque.

    Bientôt, les seuls romanciers qui pourront écrire l’esprit tranquille seront les auteurs de Science-Fiction qui situent leur action sur d’autres planètes, à des millénaires de notre époque. En tant que fan de SF, on peut pas dire que ça me générait, mais tout de même…

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