
La presse est en crise économique, elle aussi. C’est pourquoi le quotidien anglais The Times a décidé de revoir complètement le modèle économique de sa version en ligne. Jusqu’ici, comme quasiment tous les journaux en ligne, la consultation des articles était gratuite. Le seul revenu était alors la diffusion de publicité sur ses pages, mais ce modèle n’est pas satisfaisant à plusieurs titres.
Le modèle publicitaire dénature le journalisme
Sur Internet, les annonceurs ont des attentes très différentes par rapport à la publicité papier. Car, en ligne, on peut réellement quantifier le retour sur investissement grâce au taux de clic. Il faut donc que l’internaute clique sur les publicités, ce qui implique d’organiser tout le contenu du site autour de cette problématique. Cela va à l’encontre du métier de journaliste, qui est d’informer et pas d’organiser un cadre informatif autour d’un objectif publicitaire… Les sites de presse sont donc tiraillés entre la mission et l’impératif économique, ce qui ne fait pas forcément leur bonheur, ni celui du lecteur.
De plus, pour qu’un maximum d’internaute clique sur les publicités, le site doit faire de l’audience. C’est normal, me direz-vous. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, faire de l’audience sur Internet revient à être complètement dépendant de Google, et notamment de Google News. Et ça, les groupes de presse ont beaucoup de mal à l’accepter, à raison.
Pour assurer sa mission dans les meilleures conditions, la presse être la plus indépendante possible. De fait, cette indépendance est déjà mis à mal, car elle appartient souvent à des grands groupes industriels comme Dassault ou Bouygues, en France (ce n’est pas le cas du Times, qui appartient à un groupe uniquement centré sur les médias et la communication : News Corporation). Le modèle actuel de la presse en ligne lui impose une seconde couche de dépendance, aux annonceurs et à Google.
Site payant : la stratégie du « tout ou rien »
Pour sortir de ce carcan, The Times a décidé de rendre son nouveau site Internet totalement et intégralement payant. C’est la stratégie du « tout ou rien », comme l’explique un des responsables du titre, Tom Whitwell. Le pari est risqué, convaincre les lecteurs de passer du gratuit au payant ne sera pas une mince affaire. Mais ce n’est pas impossible. La stratégie payante va permettre au titre de se concentrer uniquement sur la qualité de l’information. Or il a la réputation de s’adresser à un public plutôt intellectuel, qui ne verra donc pas d’objection à débourser quelques euros pour un contenu de qualité.
Un détail intéressant, dans cette nouvelle version, se trouve dans les commentaires. Pour réagir à un article, le lecteur devra poster sous sa véritable identité. Je ne sais pas comment ils vont s’y prendre pour éviter les pseudos, mais l’initiative est intéressante. Les commentaires d’articles de presse sont souvent affligeants de bêtise et d’agressivité. Sans le couvert de l’anonymat, les discussions pourraient être beaucoup plus constructives…
Arrêt sur Images.net, le précurseur français
En France, on peut citer l’exemple réussi d’Arrêt sur Images. L’ancienne émission de télévision, virée de la 5, a fait peau neuve sur Internet depuis quelques années, et se rémunère uniquement grâce aux abonnements. Le site a l’avantage d’être relativement seul sur le marché du décryptage des médias, ce qui explique en partie le succès de son modèle économique. Arrêt sur Images n’est d’ailleurs pas basé sur le mode « tout ou rien » puisqu’il diffuse une partie de son contenu gratuitement. C’est à mon avis nécessaire pour attirer de nouveaux abonnés quand on n’a pas la réputation de The Times. Je suis abonné à Arrêt sur Images depuis ces débuts et je ne le regrette pas, tant l’information y est intéressante. Pour des articles de qualité et d’investigation, je ne rechignerais pas à en faire autant sur un site de presse généraliste. Et vous ?
MAJ : Suite au commentaire de Glumph, je me suis abonné à Mediapart, site d’informations 100% payant, et j’en suis déjà ravi. Des articles de fond, pas de publicités qui alourdissent la page et des commentaires vraiment constructifs. Je vous le conseille.
Liens :
- Sources : en français et en anglais
- Le nouveau site du Times et l’ancien (notez les différences)
- Le site d’Arrêt sur Images









10 commentaires pour : « The Times devient payant, et c’est une bonne nouvelle »
J’aime autant pour le moment le modèle du Monde.fr qui permet un accès gratuit sur l’actualité courante et un accès payant pour les articles plus poussés avec un réel travail d’investigation.
Si leur site passait au tout payant, j’irai m’en trouver un autre, ou suivrais les nouvelles directement sur les sites de l’AFP et de Reuters.
Après, c’est sûr que dans quelques années, je ne rechignerai peut-être pas à payer, mais pour le moment, peau de balle oui ! xD
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Pour ASI, la vraie question est : est-ce qu’ils sont rentables à moyen-long terme ?
Leur année 2008 a été faste (http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=1859), notamment grâce aux anciens téléspectateurs, mais ils précisent qu’une bonne partie des soutiens de la première heure ne s’est pas réabonnée. Est-ce qu’ils vont réussir à capitaliser sur leur succès ?
Je l’espère en tout cas.
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@Tapamilastiko: Je pense que le modèle type lemonde.fr est tenable tant que la version papier est là pour renflouer les caisses, mais ça ne sera pas forcément toujours le cas. Les tablettes comme l’Ipad risquent de changer la donne dans les années à venir.
Pour le moment, sur ces sites, le gratuit est la règle et le payant l’exception. Quand les revenus papier auront baissé à tel point qu’il faudra payer les journalistes avec les revenus numériques, la règle pourrait bien s’inverser (comme ASI) voire adopter le tout ou rien (comme the Times).
Ce qui est certain, c’est qu’une version totalement payante du monde.fr ne convaincrait pas tout le monde, même avec la promesse d’un site mieux structuré autour d’un contenu de meilleure qualité. La plupart des gens (pour différentes raisons) se contente d’informations brutes, juste pour ne pas perdre le fil. C’est ce qui a fait le succès des gratuits comme Metro ou 20 Minutes, dont la majeure partie du contenu n’est rien d’autre qu’un copier/coller des depêches AFP.
A ce sujet, je crois que tu auras du mal à lire directement les news sur le site de l’AFP. Ils vendent leur contenu, ils ne le diffusent pas (sauf si j’ai mal cherché…). Par contre tu pourras avec Reuters
@Damien Ravé: Oui, espérons le. On ne devrait pas tarder à avoir des nouvelles des comptes de 2009, d’après la date de la publication pour 2008. Comme pour toutes les entreprises, les deux premières années sont déterminantes !
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Je me souviens qu’il y a quelques mois (déjà quelques années, même !), Edwy Plenel, ancien rédacteur en chef du Monde justement, s’était lancé dans l’information 100% en ligne en ouvrant son site Mediapart. Il avait largement expliqué, communiqué, détaillé, rabâché même…, que l’information avait un coût et que la gratuité totale sur Internet ou dans les journaux de métro ne pouvait pas durer éternellement. Il avait expliqué que comme dans tous les domaines, la qualité a un coût.
Ses explications avaient l’énorme avantage d’être très pédagogiques. Son charisme médiatique a sûrement aidé.
J’aimerais bien savoir aujourd’hui si leur pari a été une réussite. En tout cas, je n’entends plus parler d’eux…
L’éternel problème, pour la presse française, ça reste d’être « le premier qui se lance ». Forcément, mesure impopulaire, donc perte d’audience, sûrement au profit des concurrents. Mediapart a eu cet avantage d’avoir été 100% payant dès son lancement (ASI aussi d’ailleurs).
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Ah oui tiens, je ne savais pas que Mediapart était 100% payant. J’en ai entendu parler, comme tout le monde, mais je n’étais jamais allé voir. En tout cas, leur site existe toujours, mediapart.fr. C’est déjà une bonne nouvelle en soi
C’est certain que pour un pur player, comme on dit (cad qui n’a pas de version papier), le site DOIT gagner de l’argent. Il n’a pas de grand frère pour renflouer les caisses et ne peut pas récupérer les articles de la version papier. Donc le modèle du tout payant s’impose.
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Tant que j’y suis, je suis allé m’abonner à mediapart : 15 jours d’essai pour 1€. Par contre, après la page de paiement, j’ai eu ce message qui ne rassure pas sur la qualité de la plateforme technique derrière…
http://apperisphere.com/wp-content/uploads/2010/05/fail-inscription-mediapart.gif
Duplicate entry. D’ailleurs j’ai reçu le mail de validation deux fois. Faudra que je vérifie s’ils ne m’ont pas prélevé deux euros !
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C’est parce qu’à Mediapart, il faut rémunérer l’équipe complète, c’est-à-dire… deux journalistes
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Pour Arrêt sur Images sur image, et comme tu le dis si bien, c’était complètement différent. Pas de concurrence sur ce secteur précis, une audience habituée, fan et prête à mettre quelque euros. Leur système est intéressant. Ca fait quelques temps que je n’ai pas mis les pieds, mais les différents prix d’abonnement jusqu’au gratuit sont convaincants (ça n’a pas changé ?).
Pour le Times, c’est un vrai pari. L’échec ou la réussite du projet conduira à une transformation (ou non) des médias sur le net. A suivre de très très près.
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Le système d’abonnement à Arrêt sur Images est toujours le même. Il fait parti de la philosophie du site
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Est-ce vraiment une bonne chose ? Si ça ne marche pas, ça ne changera en rien les problèmes que tu cites dans l’article.
Je pense que l’information en elle-même ne vaut presque plus rien sur internet. Ce qui vaut de l’argent, c’est sa contextualisation. Par exemple, on est plus prêt à payer pour de l’information sur son smartphone que sur internet (à mon avis). On est prêt à payer pour de l’information bien triée.
Donc est-ce une solution pour la presse généraliste ? Je n’en suis pas sûr. Un bon système de tri personnalisé serait peut-être quelque chose pour lequel je serais plus prêt à payer (car je me rends compte du prix que me coûte le temps perdu à chercher ce qui m’intéresse).
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Un Rétrolien